Carnet de guerre, item 28

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 Titre  Le 8 septembre 1914 {Bataille de la Marne

Nous restons toujours au même em-

placement et tout le temps le même

bruit infernal, mais la nuit cela avait

ralenti un peu et on avait pu aller

chercher d'autre eau à la ferme, mais

au jour cela avait recommencé de

plus belle, par moment la rafale

est plus forte et les balles rasent nos

têtes quoique couchés, les obus pleuvent

à droite à gauche, en avant et en arriè-

re, mais encore notre coin est respecté

pour le moment, le groupe d'artillerie tire

sans discontinuer. Là j'ai vu le fils du

Boulué de Douelle, qui portait des muni-

tions à l'artillerie, et ils les dépensaient

en vitesse. Avec nous se tenait le Géné-

ral de Brigade Dupuis, vers 2 heures on

amène une quinzaine de prisonniers

dont un officier, le général les fait intero-

ger. Pendant qu'on en interoge un les

autres nous donnent tout ce qu'ils ont

car ils ont beaucoup peur qu'on les tue

et ils donnent tout pour se sauver.

Comme nous achevions notre repas du soir

vers sept heures, un obus allemand de gros

calibre, un 150 au moins, tombe de l'au-

tre coté du groupe et tout près de la

dernière pièce. Le Général nous dit de

nous coucher tous. Toute la journée nous

avons été arrosés d'éclats, tellement

qu'en déjeunant un éclats était tom-

entre moi et Caillou et avait bossé

son quart dans la musette, j'ai vou-

lu l'attrapper pour le regarder mais

je me suis brûlé et je l'ai laché bien

vite, mais aucun obus n'était tombé

si près que celui-là ; une minute après

il en arrive trois il tombent tout près

de nous mais ne font pas de mal, moi

je dis à Merlé, je crois que nous som-

mes dans la zone de tir, il faudrait

monter un peu haût et je fais ce mou-

vement et Merlé reste où il était, Caillou

Combalbert et les autres étaient à 10 mè-

tres environ à ma gauche, le général

Dupuis était à ma droite en train à don-

ner des ordres au Capne Cazals, à un Comman-

dant d'artillerie et à un lieutenant d'infanterie

du 83e ou du 88e. Tout à coup il en arrive

trois de plus, un est tombé à 1 mètre 50

environ de ma tête, il me recouvre de

terre, je me lève moitié fou, je tourne

deux fois sur moi même et au milieu

de la fumée où je m'étouffais, puis je

vers la droite, je vois le groupe du Géné-

ral tous par terre et pleins de sang et 

ils criaient (Ah! les sauvages, tirez leur dessus)

je regarde partout, je ne plus personne,

puis tout à coup je vois mes camarades

qui étaient déjà dans le petit vallon à notre

gauche et je vais avec eux au plus vite,

en repassant à l'endroit où j'étais je re-

garde s'il y avait encore le drapeau, mais

on l'avait emporté dans le vallon.

Nous remontons ensuite vers le Général, le

lieutenant était mort, il avait eu le crâne

ouvert, le Général mourut dans la nuit et

Comt le lendemain, et le Capitaine n'a-

avait que quelques petites égratignures, notre

Caporal fourrier Barrés était blessé à

l'épaule. Et un autre obus était tombé sur

un caisson et avait 7 ou 8 artilleurs et plus-

sieurs chevaux et ce fut les derniers tirés ce jour.

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 Titre  Le 8 septembre 1914 {Bataille de la Marne

Nous restons toujours au même em-

placement et tout le temps le même

bruit infernal, mais la nuit cela avait

ralenti un peu et on avait pu aller

chercher d'autre eau à la ferme, mais

au jour cela avait recommencé de

plus belle, par moment la rafale

est plus forte et les balles rasent nos

têtes quoique couchés, les obus pleuvent

à droite à gauche, en avant et en arriè-

re, mais encore notre coin est respecté

pour le moment, le groupe d'artillerie tire

sans discontinuer. Là j'ai vu le fils du

Boulué de Douelle, qui portait des muni-

tions à l'artillerie, et ils les dépensaient

en vitesse. Avec nous se tenait le Géné-

ral de Brigade Dupuis, vers 2 heures on

amène une quinzaine de prisonniers

dont un officier, le général les fait intero-

ger. Pendant qu'on en interoge un les

autres nous donnent tout ce qu'ils ont

car ils ont beaucoup peur qu'on les tue

et ils donnent tout pour se sauver.

Comme nous achevions notre repas du soir

vers sept heures, un obus allemand de gros

calibre, un 150 au moins, tombe de l'au-

tre coté du groupe et tout près de la

dernière pièce. Le Général nous dit de

nous coucher tous. Toute la journée nous

avons été arrosés d'éclats, tellement

qu'en déjeunant un éclats était tom-

entre moi et Caillou et avait bossé

son quart dans la musette, j'ai vou-

lu l'attrapper pour le regarder mais

je me suis brûlé et je l'ai laché bien

vite, mais aucun obus n'était tombé

si près que celui-là ; une minute après

il en arrive trois il tombent tout près

de nous mais ne font pas de mal, moi

je dis à Merlé, je crois que nous som-

mes dans la zone de tir, il faudrait

monter un peu haût et je fais ce mou-

vement et Merlé reste où il était, Caillou

Combalbert et les autres étaient à 10 mè-

tres environ à ma gauche, le général

Dupuis était à ma droite en train à don-

ner des ordres au Capne Cazals, à un Comman-

dant d'artillerie et à un lieutenant d'infanterie

du 83e ou du 88e. Tout à coup il en arrive

trois de plus, un est tombé à 1 mètre 50

environ de ma tête, il me recouvre de

terre, je me lève moitié fou, je tourne

deux fois sur moi même et au milieu

de la fumée où je m'étouffais, puis je

vers la droite, je vois le groupe du Géné-

ral tous par terre et pleins de sang et 

ils criaient (Ah! les sauvages, tirez leur dessus)

je regarde partout, je ne plus personne,

puis tout à coup je vois mes camarades

qui étaient déjà dans le petit vallon à notre

gauche et je vais avec eux au plus vite,

en repassant à l'endroit où j'étais je re-

garde s'il y avait encore le drapeau, mais

on l'avait emporté dans le vallon.

Nous remontons ensuite vers le Général, le

lieutenant était mort, il avait eu le crâne

ouvert, le Général mourut dans la nuit et

Comt le lendemain, et le Capitaine n'a-

avait que quelques petites égratignures, notre

Caporal fourrier Barrés était blessé à

l'épaule. Et un autre obus était tombé sur

un caisson et avait 7 ou 8 artilleurs et plus-

sieurs chevaux et ce fut les derniers tirés ce jour.


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  • March 31, 2017 15:32:27 Johann Grimm

     Titre  Le 8 septembre 1914 {Bataille de la Marne

    Nous restons toujours au même em-

    placement et tout le temps le même

    bruit infernal, mais la nuit cela avait

    ralenti un peu et on avait pu aller

    chercher d'autre eau à la ferme, mais

    au jour cela avait recommencé de

    plus belle, par moment la rafale

    est plus forte et les balles rasent nos

    têtes quoique couchés, les obus pleuvent

    à droite à gauche, en avant et en arriè-

    re, mais encore notre coin est respecté

    pour le moment, le groupe d'artillerie tire

    sans discontinuer. Là j'ai vu le fils du

    Boulué de Douelle, qui portait des muni-

    tions à l'artillerie, et ils les dépensaient

    en vitesse. Avec nous se tenait le Géné-

    ral de Brigade Dupuis, vers 2 heures on

    amène une quinzaine de prisonniers

    dont un officier, le général les fait intero-

    ger. Pendant qu'on en interoge un les

    autres nous donnent tout ce qu'ils ont

    car ils ont beaucoup peur qu'on les tue

    et ils donnent tout pour se sauver.

    Comme nous achevions notre repas du soir

    vers sept heures, un obus allemand de gros

    calibre, un 150 au moins, tombe de l'au-

    tre coté du groupe et tout près de la

    dernière pièce. Le Général nous dit de

    nous coucher tous. Toute la journée nous

    avons été arrosés d'éclats, tellement

    qu'en déjeunant un éclats était tom-

    entre moi et Caillou et avait bossé

    son quart dans la musette, j'ai vou-

    lu l'attrapper pour le regarder mais

    je me suis brûlé et je l'ai laché bien

    vite, mais aucun obus n'était tombé

    si près que celui-là ; une minute après

    il en arrive trois il tombent tout près

    de nous mais ne font pas de mal, moi

    je dis à Merlé, je crois que nous som-

    mes dans la zone de tir, il faudrait

    monter un peu haût et je fais ce mou-

    vement et Merlé reste où il était, Caillou

    Combalbert et les autres étaient à 10 mè-

    tres environ à ma gauche, le général

    Dupuis était à ma droite en train à don-

    ner des ordres au Capne Cazals, à un Comman-

    dant d'artillerie et à un lieutenant d'infanterie

    du 83e ou du 88e. Tout à coup il en arrive

    trois de plus, un est tombé à 1 mètre 50

    environ de ma tête, il me recouvre de

    terre, je me lève moitié fou, je tourne

    deux fois sur moi même et au milieu

    de la fumée où je m'étouffais, puis je

    vers la droite, je vois le groupe du Géné-

    ral tous par terre et pleins de sang et 

    ils criaient (Ah! les sauvages, tirez leur dessus)

    je regarde partout, je ne plus personne,

    puis tout à coup je vois mes camarades

    qui étaient déjà dans le petit vallon à notre

    gauche et je vais avec eux au plus vite,

    en repassant à l'endroit où j'étais je re-

    garde s'il y avait encore le drapeau, mais

    on l'avait emporté dans le vallon.

    Nous remontons ensuite vers le Général, le

    lieutenant était mort, il avait eu le crâne

    ouvert, le Général mourut dans la nuit et

    Comt le lendemain, et le Capitaine n'a-

    avait que quelques petites égratignures, notre

    Caporal fourrier Barrés était blessé à

    l'épaule. Et un autre obus était tombé sur

    un caisson et avait 7 ou 8 artilleurs et plus-

    sieurs chevaux et ce fut les derniers tirés ce jour.


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    9286 / 88464
    Source
    http://europeana1914-1918.eu/...
    Contributor
    DELRIEU
    License
    http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/


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