1 Num 1030 - "Ma campagne d'Orient 1917-1918" Pierre Roussel., item 11

Edit transcription:
...
Transcription saved
Enhance your transcribing experience by using full-screen mode

Transcription

You have to be logged in to transcribe. Please login or register and click the pencil-button again

page de gauche

18

ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

nous rassura ! On avait tiré sur une épave, paraît-il,

ressemblant à un tonneau . Cependant cette épave disparut

complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

même qui l'affirma -. Tous les officiers furent appelés sur

la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine, munis

de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

commandant c'était bien un sous-marin qui nous

suivait. Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

toute la puissance et fit prendre au navire une direction

opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

Le commandant disait qu'en cas de torpillage il y aurait

au moins un quart des passages tués sur le coup,

et que l'affolement ferait périr encore la plus grande partie.

Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

arrivâmes à Salonique sans accident.

Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

peu de temps que j'y suis resté, je me souviens qu'on

m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

montagne bleue.


Débarquement et séjour à Salonique


du 14 au 17 Janvier inclus


On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

L'"Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

bateaux dans la même situation qui ne trouvent

pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau-ponton


page de droite

19

s'approche. On nous apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

que notre commandant revienne avec des ordres de la

Place. Nous restons là deux heures environ. Comme c'est

agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

de la ville au Camp de la Jonction. Nous voyons un grand

nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

Nous montons nos petites tentes portatives sur un terrain

humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

notre capote et notre couvre-pied. Aussi, à 3 heures du matin,

nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

minute : sur une grande plate-forme chauffée et huilée

on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

grouillante ! Les trams aussi avancent à grand' peine sur

une partie de leur parcours. Les rues sont sales, mal pavées,

remplies de boue noirâtre. Pour le retour au camp

on se trouve dans une obscurité fort gênante. Il faut suivre

la voie ferrée et il y a des trous, des ponceaux où

l'on risque de se rompre le cou. On regagne sa tente

exténué et on s'endort à poings fermés. Malheureusement

un froid vif nous réveille. Le lendemain, c'est-à-dire le

mardi 16, nous retournons en ville à 17 heures. Cette fois

nous prenons un apéritif sur la belle place de la Tour

Blanche. Puis nous allons dans un café concert grec où

deux ou trois chanteuses attendent leur tour dans la salle,

la cigarette aux lèvres. C'est un gosse qui tient la scène,

un enfant de 10 ou 12 ans. Il se présente tour à tour en

Transcription saved

page de gauche

18

ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

nous rassura ! On avait tiré sur une épave, paraît-il,

ressemblant à un tonneau . Cependant cette épave disparut

complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

même qui l'affirma -. Tous les officiers furent appelés sur

la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine, munis

de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

commandant c'était bien un sous-marin qui nous

suivait. Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

toute la puissance et fit prendre au navire une direction

opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

Le commandant disait qu'en cas de torpillage il y aurait

au moins un quart des passages tués sur le coup,

et que l'affolement ferait périr encore la plus grande partie.

Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

arrivâmes à Salonique sans accident.

Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

peu de temps que j'y suis resté, je me souviens qu'on

m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

montagne bleue.


Débarquement et séjour à Salonique


du 14 au 17 Janvier inclus


On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

L'"Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

bateaux dans la même situation qui ne trouvent

pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau-ponton


page de droite

19

s'approche. On nous apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

que notre commandant revienne avec des ordres de la

Place. Nous restons là deux heures environ. Comme c'est

agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

de la ville au Camp de la Jonction. Nous voyons un grand

nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

Nous montons nos petites tentes portatives sur un terrain

humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

notre capote et notre couvre-pied. Aussi, à 3 heures du matin,

nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

minute : sur une grande plate-forme chauffée et huilée

on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

grouillante ! Les trams aussi avancent à grand' peine sur

une partie de leur parcours. Les rues sont sales, mal pavées,

remplies de boue noirâtre. Pour le retour au camp

on se trouve dans une obscurité fort gênante. Il faut suivre

la voie ferrée et il y a des trous, des ponceaux où

l'on risque de se rompre le cou. On regagne sa tente

exténué et on s'endort à poings fermés. Malheureusement

un froid vif nous réveille. Le lendemain, c'est-à-dire le

mardi 16, nous retournons en ville à 17 heures. Cette fois

nous prenons un apéritif sur la belle place de la Tour

Blanche. Puis nous allons dans un café concert grec où

deux ou trois chanteuses attendent leur tour dans la salle,

la cigarette aux lèvres. C'est un gosse qui tient la scène,

un enfant de 10 ou 12 ans. Il se présente tour à tour en


Transcription history
  • March 11, 2019 18:13:26 François Aubrée

    page de gauche

    18

    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave, paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Cependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma -. Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine, munis

    de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous-marin qui nous

    suivait. Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande partie.

    Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

    Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis resté, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.


    Débarquement et séjour à Salonique


    du 14 au 17 Janvier inclus


    On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

    L'"Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

    bateaux dans la même situation qui ne trouvent

    pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

    par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

    les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

    de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

    Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

    bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau-ponton


    page de droite

    19

    s'approche. On nous apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

    servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

    temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

    une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

    Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

    nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

    que notre commandant revienne avec des ordres de la

    Place. Nous restons là deux heures environ. Comme c'est

    agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

    traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

    de la ville au Camp de la Jonction. Nous voyons un grand

    nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

    Nous montons nos petites tentes portatives sur un terrain

    humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

    notre capote et notre couvre-pied. Aussi, à 3 heures du matin,

    nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

    réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

    trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

    encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

    appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

    jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

    avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

    minute : sur une grande plate-forme chauffée et huilée

    on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

    spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

    grouillante ! Les trams aussi avancent à grand' peine sur

    une partie de leur parcours. Les rues sont sales, mal pavées,

    remplies de boue noirâtre. Pour le retour au camp

    on se trouve dans une obscurité fort gênante. Il faut suivre

    la voie ferrée et il y a des trous, des ponceaux où

    l'on risque de se rompre le cou. On regagne sa tente

    exténué et on s'endort à poings fermés. Malheureusement

    un froid vif nous réveille. Le lendemain, c'est-à-dire le

    mardi 16, nous retournons en ville à 17 heures. Cette fois

    nous prenons un apéritif sur la belle place de la Tour

    Blanche. Puis nous allons dans un café concert grec où

    deux ou trois chanteuses attendent leur tour dans la salle,

    la cigarette aux lèvres. C'est un gosse qui tient la scène,

    un enfant de 10 ou 12 ans. Il se présente tour à tour en

  • November 28, 2018 11:26:07 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

          Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis teste, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.

    Débarquement et séjour à Salonique

    du 14 au 17 Janvier inclus

         On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

    L' "Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

    bateaux dans la même situation qui ne trouvent

    pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

    par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

    les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

    de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

    Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

    bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau - ponton


    19


    s'approche . On apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

    servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

    temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

    une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

    Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

    nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

    que notre commandant revienne avec des ordres de la

    Place. Nous restons là deux heures environ ; Comme c'est

    agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

    traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

    de la ville au Camp de la Jonction. Nous voulons un grand

    nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

    Nous montons nos petites tentes portatives sur un

    terrain humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

    notre capote et notre couvre - pied. Aussi , à 3 heures du

    matin, nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

    réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

    trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

    encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

    appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

    jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

    avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

    minute : sur une grande plate - forme chauffée et huilée

    on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

    spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

    grouillante ! Les trams aussi avancent à grand ' peine sur

    une partie de leur parcours. Les rues sont sales, mal pavées,

    remplies de boue noirâtre. Pour le retour au camp

    on se trouve dans une obscurité fort gênante . Il faut suivre

    la voie ferrée et il y a des trous, des ponceaux où

    l'on risque de se rompre le cou. On regagne sa tente

    exténué et on s'endort à poings fermés. Malheureusement

    un froid vif nous réveille. Le lendemain, c'est-à-dire le

    mardi 16, nous retournons en ville à 17 heures. Cette fois

    nous prenons un apéritif sur la belle place de la Tour

    Blanche. Puis nous allons dans un café concert grec où

    deux ou trois chanteuses attendent leur tour dans la salle,

    la cigarette aux lèvres. C'est un gosse qui tient la scène,

    un enfant de 10 ou 12 ans. Il se présente tour à tour en


  • November 28, 2018 11:19:15 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

          Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis teste, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.

    Débarquement et séjour à Salonique

    du 14 au 17 Janvier inclus

         On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

    L' "Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

    bateaux dans la même situation qui ne trouvent

    pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

    par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

    les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

    de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

    Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

    bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau - ponton


    19


    s'approche . On apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

    servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

    temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

    une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

    Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

    nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

    que notre commandant revienne avec des ordres de la

    Place. Nous restons là deux heures environ ; Comme c'est

    agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

    traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

    de la ville au Camp de la Jonction. Nous voulons un grand

    nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

    Nous montons nos petites tentes portatives sur un

    terrain humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

    notre capote et notre couvre - pied. Aussi , à 3 heures du

    matin, nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

    réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

    trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

    encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

    appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

    jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

    avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

    minute : sur une grande plate - forme chauffée et huilée

    on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

    spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

    grouillante ! Les trams aussi avancent à grand ' peine sur

    une partie de leur parcours. Les rues sont sales, mal pavées,

    remplies de boue noirâtre. Pour le retour au camp

    on se trouve dans une obscurité fort gênante . Il faut suivre

    la voie ferrée et il y a des trous, des ponceaux où

    l'on risque de se rompre le cou. On regagne sa tente


  • November 28, 2018 11:16:03 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

          Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis teste, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.

    Débarquement et séjour à Salonique

    du 14 au 17 Janvier inclus

         On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

    L' "Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

    bateaux dans la même situation qui ne trouvent

    pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

    par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

    les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

    de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

    Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

    bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau - ponton


    19


    s'approche . On apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

    servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

    temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

    une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

    Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

    nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

    que notre commandant revienne avec des ordres de la

    Place. Nous restons là deux heures environ ; Comme c'est

    agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

    traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

    de la ville au Camp de la Jonction. Nous voulons un grand

    nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

    Nous montons nos petites tentes portatives sur un

    terrain humide. La nuit est très froide. Nous n'avons que

    notre capote et notre couvre - pied. Aussi , à 3 heures du

    matin, nous voici tous dehors à battre la semelle pour nous

    réchauffer. A 17 heures nous allons visiter la ville. Pendant

    trois heures nous nous promenons dans les grandes rues

    encombrées de civils et de militaires de toutes armes et

    appartenant à toutes les nations alliées, depuis les Écossais

    jusqu'aux carabinieri. Nous regardons les boutiques

    avec intérêt, surtout un fabricant de vermicelle à la

    minute : sur une grande plate - forme chauffée et huilée

    on verse une pâte en fils très fins que l'on tourne en

    spirale. Mais qu'il est difficile de circuler dans cette foule

    grouillante ! 


  • November 28, 2018 11:10:34 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

          Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis teste, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crète. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.

    Débarquement et séjour à Salonique

    du 14 au 17 Janvier inclus

         On nous fait attendre longtemps pour débarquer.

    L' "Ionie" est ancré au milieu du port parmi d'autres

    bateaux dans la même situation qui ne trouvent

    pas de place à quai. Celui-ci est encombré en effet

    par une infinité de bâtiments grecs, immobilisés par

    les Alliés. On aperçoit une forêt de mats. Il y en a

    de tout tonnage et de tout aspect, surtout des voiliers.

    Pendant une heure environ nous espérons qu'on veuille

    bien nous envoyer des chalands. Enfin un bateau - ponton


    19


    s'approche . On apprend qu'il a été pris aux Allemands. Il

    servait au débarquement des immigrants. Après beaucoup de

    temps et de patience nous sommes sur le quai. Nous apercevons

    une quantité de soldats qui travaillent, surtout des zouaves.

    Plusieurs tirailleurs d'Oran reconnaissent des camarades. On

    nous arrête sur un terrain vague, près du port en attendant

    que notre commandant revienne avec des ordres de la

    Place. Nous restons là deux heures environ ; Comme c'est

    agréable de pauser debout si longtemps après une si rude

    traversée ! L'ordre arrive enfin d'aller camper en dehors

    de la ville au Camp de la Jonction. Nous voulons un grand

    nombre de baraques bien alignées. Aucune ne nous est réservée.

    Nous montons nos petites tentes portatives sur un

    terrain humide.


  • November 28, 2018 10:59:28 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.

          Il est regrettable que le mal de mer ne m'ait pas

    permis de me tenir souvent sur le pont. Pendant le

    peu de temps que j'y suis teste, je me souviens qu'on

    m'a montré l'île de Crête. J'ai aperçu une grande

    montagne bleue.


  • November 28, 2018 10:57:27 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.

    Le commandant disait qu'en cas de torpillage 'il y aurait

    au moins un quart des passages tués sur le coup,

    et que l'affolement ferait périr encore la plus grande

    partie. Peu de soldats échapperaient au naufrage. Enfin nous

    arrivâmes à Salonique sans accident.


  • November 28, 2018 10:55:23 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai vu

    cette même nuit des  matelots sortir de leur cabine,

    munis de leur ceinture, et courir en toute hâte. Pour le

    commandant c'était bien un sous - marin qui nous

    suivait . Il ordonna aussitôt à la machinerie de donner

    toute la puissance et fit prendre au navire une direction

    opposée. Nous avons eu la chance d'être épargnés.


  • November 28, 2018 10:52:15 Paraskevas Dimitropoulos

    18


    ma ceinture plutôt mal que bien, et je pensais à me jeter

    à l'eau après avoir enlevé mes chaussures, lorsqu'on

    nous rassura ! On avait tiré sur une épave , paraît-il,

    ressemblant à un tonneau . Dependant cette épave disparut

    complètement après le coup. Ce qui fut plus sérieux

    c'est l'apparition une nuit d'une forme figurant un

    sous-marin - et c'est le commandant du navire lui-

    même qui l'affirma - . Tous les officiers furent appelés sur

    la passerelle. Je l'appris plus tard, mais j'ai un


Description

Save description
  • 40.6400629||22.9444191||

    Salonique

  • 35.240117||24.8092691||

    Crète

  • 36.700987||3.0595069999999396||

    ||1
Location(s)
  • Story location
  • Document location Salonique
  • Additional document location Crète
Login and add location


ID
21713 / 255801
Source
http://europeana1914-1918.eu/...
Contributor
Archives départementales de la Drôme
License
http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/


January 14, 1917 – January 17, 1917
Login to edit the languages
  • Français

Login to edit the fronts
  • Balkans

Login to add keywords
  • Remembrance

Login and add links

Notes and questions

Login to leave a note